Poèmes, contes et belles histoires...

Mercredi 29 avril 2009

Et voilà le deuxième poème annoncé. Honte à vous qui vous disiez que je l'avais oublié !

Lou Printems
Claude Peyrot, prieur de Pradinas (1709-1795)



Lou coucut a cantat ; l'hyver va trescoula ;
La biso sul Rouergue es lasso de siffla,
Va pourta sous buffals dins lou pais de l'Ourso ;
Lou printems se preparo à coumença sa courso,
Trop long-tems amagat, lou Grand astré del Cel,
Quitto sa capo sombro è son negre mantel ;
Et del tiede zephir deja la douce haleno
Des rious emprisounats a foundut la cadeno.
De la cimo des rocs, à touto houro, en detal,
on vei se destaca de pendens de cristal ;
Et la neou que se fond, en laven las carrieros,
Va jusques dins lour leit treboula las rivieiros,
Sans cregné de l'hyver lou funeste retour,
L'amellié se desplego à l'esclat d'un bel jour.

Le coucou a chanté, l'hiver tire à sa fin ;
La bise sur le Rouergue est lasse de souffler
Et porte ses soufflets dans le pays de l'Ourse.
Le printemps se prépare et commence sa course.
Trop longtemps éclipsé, le Grand Astre du Ciel
Quitte sa cape sombre, ôte son noir mantel,
Et du tiède zéphir déjà la douce haleine
Des ruisseaux prisonniers a fait fondre la chaîne.
De la cime des rocs, à toute heure, un par un,
On voit se détacher des pendants de cristal
Et la neige qui fond, en lessivant les rues,
Jusqu'au fond de leur lit va troubler les rivières.
Sans craindre de l'hiver le funeste retour,
L'amandier se déploie à l'éclat d'un beau jour.

Pour être honnête, ce poème n'est pas en pur occitan, ni même en provençal mistralien, mais en patois rouerguois.
Né à Millau en 1709, mort en 1795, son intelligence le poussa à suivre des cours chez les juristes de Toulouse. Devenu détenteur d'une licence en droit, il entra dans la prêtrise en 1735, demeurant une vingtaine d'années à l'abbaye de Saint-Sernin, où il composa ses premiers poèmes, qui obtinrent une récompense aux Jeux Floraux de 1755. Revenu en Aveyron pour occuper le prieuré de Pradinas, il donna libre cours à son inspiration et composa poèmes et pièces en français dans lesquels le travail de la terre tenait la plus grande place. C'est pourtant dans sa langue natale qu'il composa sa plus belle oeuvre, Les Géorgiques Patoises, poème de 2000 vers dans lequel il chante les quatre saisons et d'où est extrait celui que vous venez de lire. Sa réputation dépassait largement les frontières du Rouergue quand il mourut à Pailhas, en 1795, sans jamais avoir été inquiété par les tenants des idées révolutionnaires, malgré son appartenance au clergé. Cela donne une bonne idée de sa popularité.

Par Christian
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Lundi 27 avril 2009

Devant une feuille blanche, tous les poètes ne sont pas égaux, cela on le savait tous. Mais il est une chose à laquelle on ne pense pas forcément, c'est que la langue de naissance du poète peut lui conférer un avantage certain par rapport à d'autres. Lorsque la poésie se niche au coeur même des mots employés, dans l'accent avec lequel ils sont chantés, dans la lumière qui est donnée ainsi au texte, alors un univers imaginaire merveilleux s'ouvre au lecteur. Dans ce domaine, le poète occitan figure en bonne place, et sa plume ne crisse plus, elle chante seule au contact du papier et apporte au lecteur la douceur que peut apporter le grillon, lorsque, au pied d'un tilleul centenaire, le soir apporte le réconfort après la chaleur accablante de la journée. Voici, pour vous, deux poèmes occitans, qui ne sont ni de Mistral ni de Roumanille, mais bel et bien de troubadours trop méconnus, l'un s'exprimant en provençal littéraire, l'autre en graphie mistralienne, dite du félibrige. Vous aurez bien sûr la traduction en français national à la suite.

Sonnet
(G. de Saluste, seigneur Du Bartas )


Ha ! chaton mauhazéc, ha ! traidou balesté,        
Perqué débarres-tu ta soen ta pataquere,
Per hé déguens mon co brequere sur brequere,
Et ses he pauc ni prou, bac, ni haut, ni cousté ?

L'autre jour ton cordet d'autour deu kot jousté ;
Jou desherrié mous pes, jou' scanti ta coulere,
La punte, jousmouché, de ta bire murtrère,
Et ton arc en cent tros (samsemble) jou bouté.

Hélas ! per ue cadene are joué cent cadenes;
Per un cep joué cent ceps, per ue pene cent penes;
Et au seng per un treit, jou e cent cap-hers hikats.

Mans ton treit, ton turmen, ton cep, et ta cadene,
Amou, me plazen tan que jou né paus ni pax,
Si toustem jou nou biui en ue ta douce pene.

Ah ! Mauvais garnement ! Ah ! Traitre archer !
Pourquoi décoches-tu souvent la flèche qui me frappe
Pour faire dans mon coeur brèche sur brèche

Sans viser tant soit peu trop court, ni trop haut, ni à côté ?


L'autre jour, d'autour de mon cou, je retirai ton cordon,

Je déferrai mes pieds, j'apaisai ta colère,
J'émoussai la pointe de ton trait meurtrier
Et je mis, à ce qu'il me semble, ton arc en cent morceaux.

Hélas ! Pour une chaîne maintenant j'ai cent chaînes;
Pour un lien j'ai cent liens, pour une douleur cent douleurs
Et au sein, pour un trait, j'ai cent têtes de fer fichées.

Mais ton trait, ton tourment, tes liens et ta chaîne,
Amour, me plaisent tant que je n'ai ni repos ni paix
Si toujours je ne vis en une si douce peine.

Guillaume de Saluste, seigneur du Bartas ou plus simplement Guillaume du Bartas, né en 1544 à Monfort, près d’Auch (Gers), et mort le 28 août 1590 à Mauvezin, est un écrivain et poète français qui fut très en faveur auprès des lecteurs jusqu'au XVIIe siècle.

  Guillaume du Bartas, fils de François de Salluste et de Bertrande de Broqueville, dans la bastide de Monfort, descendant d’une famille de commerçants enrichis, étudia le droit à Toulouse, participa aux Jeux floraux de cette ville et remporta la "Violette" en 1565, année où son père achète le château du Bartas. À la mort de son père en 1566, le poète devient Sieur du Bartas.

Il est surtout connu pour son poème encyclopédique « La Sepmaine (La Semaine) » (1578), œuvre inspirée par la Bible, qui fut traduite en plusieurs langues : allemand, anglais, néerlandais, italien, latin, etc. et influença des poètes de l’importance de Milton en Angleterre, Joost van den Vondel en Hollande, et semble-t-il le Tasse en Italie ; il eut même une admiratrice en Amérique en la personne d’Anne Bradstreet.

Le succès de Du Bartas fut fabuleux pendant une cinquantaine d’années, il rayonna sur l’Europe, on compte plus d’une centaine d’éditions de ses œuvres, des dizaines de traductions, et puis sa renommée s’écroula : son style comme le contenu de son œuvre ne correspondait plus aux temps nouveaux.



 

Par Christian
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Jeudi 5 mars 2009

Quand les hommes vivront d'amour

 

Quand les hommes vivront d'amour
Il n'y aura plus de misère
Et commenceront les beaux jours
Mais nous, nous serons morts mon frère

Quand les hommes vivront d'amour
Ce sera la paix sur la Terre
Les soldats seront troubadours
Mais nous, nous serons morts mon frère

Dans la grande chaîne de la vie
Où il fallait que nous passions
Où il fallait que nous soyons
Nous aurons eu la mauvaise partie

Quand les hommes vivront d'amour
Il n'y aura plus de misère
Peut-être song'ront-ils un jour
A nous qui serons morts mon frère

Mais quand les hommes vivront d'amour
Qu'il n'y aura plus de misère
Peut-être song'ront-ils un jour
A nous qui serons morts mon frère

Nous qui aurons aux mauvais jours
Dans la haine et puis dans la guerre
Cherché la paix, cherché l'amour
Qu'ils connaîtront alors mon frère

Dans la grand' chaîne de la vie
Pour qu'il y ait un meilleur temps
Il faut toujours quelques perdants
De la sagesse ici-bas c'est le prix

Quand les hommes vivront d'amour
Il n'y aura plus de misère
Et commenceront les beaux jours
Mais nous, nous serons morts mon frère

Quand les hommes vivront d'amour
Ce sera la paix sur la terre
Les soldats seront troubadours
Mais nous, nous serons morts mon frère

Auteur: Raymond Lévesque

Par anne-laure
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Jeudi 22 mai 2008
TEXTE de jean-lou Dabadie interprété par Serge Reggiani.

je suis allée voir un film la semaine dernière ( deux jours à tuer )  et à la fin il y avait ce très beau texte dit par Serge Réggiani, c'est un très bel hymne à la vie je trouve ....

Combien de temps...
Combien de temps encore
Des années, des jours, des heures, combien ?
Quand j'y pense, mon coeur bat si fort...
Mon pays c'est la vie.
Combien de temps...
Combien ?

Je l'aime tant, le temps qui reste...
Je veux rire, courir, pleurer, parler,
Et voir, et croire
Et boire, danser,
Crier, manger, nager, bondir, désobéir
J'ai pas fini, j'ai pas fini
Voler, chanter, parti, repartir
Souffrir, aimer
Je l'aime tant le temps qui reste

Je ne sais plus où je suis né, ni quand
Je sais qu'il n'y a pas longtemps...
Et que mon pays c'est la vie
Je sais aussi que mon père disait :
Le temps c'est comme ton pain...
Gardes-en pour demain...

J'ai encore du pain
Encore du temps, mais combien ?
Je veux jouer encore...
Je veux rire des montagnes de rires,
Je veux pleurer des torrents de larmes,
Je veux boire des bateaux entiers de vin
De Bordeaux et d'Italie
Et danser, crier, voler, nager dans tous les océans
J'ai pas fini, j'ai pas fini
Je veux chanter
Je veux parler jusqu'à la fin de ma voix...
Je l'aime tant le temps qui reste...

Combien de temps...
Combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je veux des histoires, des voyages...
J'ai tant de gens à voir, tant d'images..
Des enfants, des femmes, des grands hommes,
Des petits hommes, des marrants, des tristes,
Des très intelligents et des cons,
C'est drôle, les cons ça repose,
C'est comme le feuillage au milieu des roses...

Combien de temps...
Combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je m'en fous mon amour...
Quand l'orchestre s'arrêtera, je danserai encore...
Quand les avions ne voleront plus, je volerai tout seul...
Quand le temps s'arrêtera..
Je t'aimerai encore
Je ne sais pas où, je ne sais pas comment...
Mais je t'aimerai encore...
D'accord ?
Par anne-laure
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Jeudi 17 avril 2008
Ah ! l'Aioli, fladamo moussa ! l'Aioli redoulènt,
l'Aioli tant goustous que nous fai tant valènt !
l'Aioli prouvençau, oh ! quento meraviho !
Li malaut -e li mort meme - vous li reviho :
quand aquelo cremour vous passo lou gousié
Vous sentès auboura vers de rode festié
Vous sèmblo que lou cèu se duerb a vosto visto
Devers lou paradis !
Oh ! Mangiho requisto !
O plat de nostigrand, o mèisse naciounau
que dempièi de milo an atubes li fanau
Dou pople atravali que viéu dins la Prouvènco.
Dou pople qu'a garda li font de sa Jouvenço
Pèr qu'a sachu garda lou manja que fai gau
E que lou fai canta bèn mies que li cigau !
Par Christian
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Dimanche 10 février 2008

Intro à l'oustau                                                   


Intro à l'oustau ; fai fre deforo. Auren de fio
Pèr faire reflouri lou bos encaro un cop,
E béuren un vin vièi coume nosto jouinesso
(quand la vido èro longo e la taulo èro messo).
Se vos, escartaren, i vitro, li ridèu
Sus lis estello frejo e lis arbre fidèu.
E belèu me diras lou secrèt de ta vido ;
Pièi dourmiras.
- Ami, lou deforo me crido, 
E me fau enana, dins la nieu de l'ivèr.
Devino moun secrèt, se vos. I'a de blad verd
Que pouchejo adeja dins la terro et qu'à l'aubo
Es blanc de gèu. Demié li piboulo et lis aubo,
que soun plus que de branco nuso, li paran
Soun reclaus sus li grano e parèisson plus grand.
Deman, dins lou matin, sarai mort o pèr orto,
Te souviendras de iéu en durbissènt ta porto.
Pièi li jour passaran. T'énanaras tambèn.
Es à la fin de tout que li causo van bèn.

Sully-André PEYRE  né au cailar (gard) en 1890 mort à Aigues-vives (gard) en 1961.

la traduction que je propose :

Entre à la maison , il fait froid dehors. Nous aurons du feu
pour faire refleurir le bois encore une fois,
et nous boirons un vin vieux comme notre jeunesse
(quand la vie était longue et la table était mise).
si tu veux nous écarterons les rideaux des vitres
sur les étoiles gelées et les arbres fidèles.
Et peut-être tu me diras le secret de ta vie ;
Puis tu dormiras.
-Ami le dehors m'appelle, 
Et il me faut m'en aller dans la nuit de l'hiver,
Devine mon secret si tu veux, il y a des blés verts
qui poussent déjà dans les terres et qui à l'aube
sont blancs de gel. Entre les peupliers et les
peupliers noirs qui ne sont plus que des branches nues
les enclos sont binés sur les graines et paraissent plus grands.
Demain dans le matin je serais mort ou sur les chemins
tu te souviendras de moi en ouvrant ta porte.
Puis les jours passeront. Tu partiras peut-être.
C'est à la fin de tout que les choses vont bien.

 

 

Par Anne-laure
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Samedi 5 janvier 2008
Les choses ne sont pas toujours comme on a voulu nous le faire croire, Pierre-Henri Fabre antomologiste et poète né à saint Léons dans l'Aveyron en 1823,  nous donne une autre vision de la cigale et la fourmi lui qui a passé sa vie à observer les insectes, et peut-être une belle leçon  pour les humains....
Si vous voulez en savoir plus sur sa vie : http://www.e-fabre.com/

LA CIGALO E LA FOURNIGO                                    

I

Jour de Diéu, queto caud ! Bèu tèms pèr la cigalo 
Que, trefoulido, se regalo                                                             
D'un raisso de fiò ; bèu tèms pèr la meissoun.         
Dins lis erso d'or, lou segaire,                                              
Ren plega, pitre au vènt, rustico e canto gaire :       
Dins soun grousié, la set estranglo la cansoun.

Tèms benesi pèr tu. Dounc, ardit ! cigaleto,
Fai-lèi brusi, ti cimbaleto,
E brandusso lou vèntre à creba ti mirau.
L'ome enterin mando la daio,
Que vai balin-balan de-longo e que dardaio
L'uiau de soun acié sus li rous espigau.

Plen d'aigo pèr la pèiro e tampouna d'erbiho,
Lou coufié sus l'anco pendiho.
Se la pèiro es au fres dins soun estui de bos,
E se de-longo es abéurado,
L'ome barbèlo au fiò d'aquéli souleiado
Que fan bouli de-fes la mesoulo dis os.

Tu, cigalo, as un biais pèr la set : dins la rusco
Tèndro e justouso d'uno busco,
L'aiguïo de toun bè cabusso e cavo un pous.
Lou sirop mounto pèr la draio.
T'amourres à la font melicouso que raio,
E dóu sourgènt sucra beves lou teta-dous.

Mai pas toujour en pas, oh ! que nàni : de laire,
Vesin, vesino o barrulaire,
T'an vist cava lou pous. An set ; vènon doulènt
Te prene un degout pèr si tasso.
Mesfiso-te ma bello : aquéli curo-biasso,
Umble d'abord, soun lèu de gusas insoulènt.

Quiston un chicouloun de rèn, pièi de ti rèsto
Soun plus countènt, ausson la tèsto
E volon tout : l'auran. Sis arpioun en rastèu
Te gatihon lou bout de l'alo.
Sus ta largo esquinasso es un mounto-davalo ;
T'aganton pèr lou bè, li bano, li artèu ;

Tiron d'eici, d'eila. L'impaciènci te gagno.
Pst ! pst ! d'un giscle de pissagno
Asperjes l'assemblado e quites lou ramèu.
T'en vas bèn liuen de la racaio,
Que t'a rauba lou pous, e ris, e se gaugaio,
E se lipo li brego enviscado de mèu.

Or, d'aquéli bóumian abéuro sèns fatigo,
Lou mai tihous es la fournigo ;
Mousco, cabrian, guèspo e tavan embana,
Espeloufi de touto meno,
Costo-en-long qu'à toun pous lou souleias ameno,
An pas soun testardige à te faire enana.

Pèr t'esquicha l'artèu, te coutiga lou mourre,
Te pessuga lou nas, pèr courre
A l'oumbro de toun vèntre, osco ! degun la vau.
Lou marrit-péu pren pèr escalo
Uno pato e te mounto, ardido, sus lis alo,
E s'espasso, insoulènto, e vai d'amount, d'avau.

II

Aro, veici qu'es pas de crèire.
Ancian tèms, nous dison li rèire,
Un jour d'ivèr, la fam te prenguè. Lou front bas
E d'escoudoun anères vèire,
Dins si grand magasin, la fournigo, eilabas.

L'endrudido au soulèu secavo,
Avans de lis escoundre en cavo,
Si blad qu'avié mousi l'eigagno de la niue.
Quand èron lest, lis ensacavo.
Tu survènes alor, emé de plour is iue.

Ié dises : "Fai bèn fre ; l'aurasso
D'un caire à l'autre me tirasso
Avanido de fam. A toun riche mouloun
Leisso-me prene pèr ma biasso.
Te lou rendrai segur au bèu tèms di meloun.

"Presto-me'n pau de gran." Mai, bouto,
Se creses que l'autro t'escouto,
T'enganes. Di gros sa, rèn de rèn sara tiéu.
"Vai-t'en plus liuen rascla de bouto ;

Crèbo de fam l'ivèr, tu que cantes l'estiéu."
Ansin charro la fablo antico
Pèr nous counseia la pratico
Di sarro-piastro, urous de nousa li courdoun
De si bourso. — Que la coulico
Rousigue la tripaio en aquéli coudoun !

Me fai susa, lou fabulisto,
Quand dis que l'ivèr vas en quisto
De mousco, verme, gran, tu que manges jamai.
De blad ! Que n'en fariés, ma fisto ?
As ta font melicouso e demandes rèn mai.

Que t'enchau l'ivèr ! Ta famiho
A la sousto en terro soumiho,
E tu dormes la som que n'a ges de revèi ;
Toun cadabre toumbo en douliho.
Un jour, en tafurant, la fournigo lou vèi.

De ta maigro pèu dessecado
La marridasso fai becado ;
Te curo lou perus, te chapouto à moussèu,
T'encafourno pèr car-salado,
Requisto prouvesioun, l'ivèr, en tèms de nèu.

III

Vaqui l'istóri veritablo,
Bèn liuen dóu conte de la fablo,
Que n'en pensas, canèu de sort !
— O ramassaire de dardeno,
Det croucu, boumbudo bedeno
Que gouvernas lou mounde emé lou cofre fort,

Fasès courre lou brut, canaio,
Que l'artisto jamai travaio
E dèu pati, lou bedigas.
Teisas-vous dounc : quand di lambrusco
La Cigalo a cava la rusco,
Raubas soun béure, e pièi, morto, la rousigas.

LA CIGALE ET LA FOURMI

I

Jour de Dieu, quelle chaleur ! Beau temps pour la cigale
qui, folle de joie, se régale
d'une averse de feu ; beau temps pour la moisson.
Dans les vagues d'or, le moissonneur,
reins ployés, poitrine au vent, travaille dur et ne chante guère :
dans son gosier, la soif étrangle la chanson.

Temps béni pour toi. Donc, hardi ! cigale mignonne,
fais-les bruire, tes petites cymbales,
et trémousse le ventre à crever tes miroirs.
L'homme cependant lance la faux,
qui continuellement oscille et fait rayonner
l'éclair de son acier sur les roux épis.

Pleine d'eau pour la pierre et tamponnée d'herbages,
la cuvette pendille sur la hanche.
Si la pierre est au frais dans son étui de bois.
si elle est sans cesse abreuvée,
l'homme halète au feu de ces coups de soleils
qui font bouillir parfois la moelle des os.

Toi, cigale, tu as une ressource pour la soif : dans l'écorce
tendre et juteuse d'un rameau,
l'aiguille de ton bec plonge et fore un puits.
Le sirop monte par l'étroite voie.
Tu t'abouches à la fontaine mieilleuse qui coule,
et du suintement sucré tu bois l'exquise lampée.

Mais pas toujours en paix, oh ! que non : des larrons,
voisins, voisines ou vagabonds,
t-ont vue creuser le puits. Ils ont soif ; ils viennent, dolents,
te prendre une goutte pour leurs tasses.
Méfie-toi, ma belle : ces vide-besace,
humbles d'abord, sont bientôt des gredins insolents.

Ils quêtent une gorgée de rien ; puis de tes restes
ils ne sont plus satisfaits, ils relèvent la tête
et veulent le tout : ils l'auront. Leurs griffes en râteau
te chatouillent le bout de l'aile.
Sur ta large échine, c'est un monte-descend ;
ils te saisissent par le bec, les cornes, les orteils ;

Ils tirent d'ici, de là. L'impatience te gagne.
Pst ! pst ! d'un jet d'urine
tu asperges l'assemblée et tu quittes le rameau.
Tu t'en vas bien loin de la racaille
qui t'a dérobé le puits, et rit, et se gaudit,
et se lèche les lèvres engluées de miel.

Or, de ces bohémiens abreuvés sans fatigue,
le plus tenace est la fourmi.
Mouches, frelons, guêpes, scarabées cornus,
aigrefins de toute espèce,
fainéants qu'à ton puits le gros soleil amène,
n'ont pas son entêtement à te faire partir.

Pour te presser l'orteil, te chatouiller la face,
te pincer le nez, pour courir
à l'ombre de ton ventre, vraiment nul ne la vaut.
La coquine prend pour échelle
une patte et te monte, audacieuse, sur les ailes ;
elle s'y promène, insolente, et va d'en haut, d'en bas.

II

Maintenant, voici qui n'est pas à croire.
Autrefois, nous disent les anciens,
un jour d'hiver, la faim te prit. Le front bas
et en cachette, tu allas voir,
dans ses grands magasins, la fourmi, sous terre.

L'enrichie au soleil séchait,
avant de les cacher en cave,
ses blés qu'avait moisis la rosée de la nuit.
Quand ils étaient prêts, elle les mettait en sac.
Tu surviens alors, avec des pleurs aux yeux.

Tu lui dis : "il fait bien froid ; la bise
d'un coin à l'autre me traîne
mourante de faim. A ton riche monceau
laisse-moi prendre pour ma besace.
Je te le rendrai, bien sûr, au beau temps des melons.

"Prête-moi un peu de grain." Mais, va,
si tu crois que l'autre t'écoute,
tu te trompes. Des gros sacs, tu n'auras rien de rien.
"File plus loin, va racler des tonneaux ;

Crève de faim l'hiver, toi qui chantes l'été !"
Ainsi parle la fable antique
pour nous conseiller la pratique
des grippe-sous, heureux de nouer les cordons
de leur bourses. — Que la colique
ronge les entrailles à ces sots!

Il m'indigne, le fabuliste,
quand il dit que l'hiver tu vas en quête
de mouches, vermisseaux, grains, toi qui ne manges jamais.
Du blé ! Qu'en ferais-tu, ma foi !
Tu as ta fontaine mielleuse, et tu ne demandes rien de plus.

Que t'importe l'hiver ! Ta famille
à l'abri sous terre sommeille,
et tu dors le somme qui n'a pas de réveil.
Ton cadavre tombe en loques.
Un jour, en furetant la fourmi le voit.

De ta maigre peau desséchée
la méchante fait curée ;
elle te vide la poitrine, elle te découpe en morceaux,
elle t'emmagasine pour salaison,
provision de choix, l'hiver, en temps de neige.

III

Voilà l'histoire véritable,
bien loin du dire de la fable.
Qu'en pensez-vous, sacrebleu !
— O ramasseurs de liards,
doigts crochus, bombées bedaines
qui gouvernez le monde avec le coffre-fort,

Vous faites courir le bruit, canailles,
que l'artiste jamais ne travaille
et qu'il doit pâtir, l'imbécile.
Taisez-vous donc : quand des lambrusques
la Cigale a foré l'écorce,
vous lui dérobez son boire, et puis, morte, vous la rongez.

Par anne-laure
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Samedi 15 décembre 2007

la mort des oiseaux

Le soir, au coin du feu, j'ai pensé bien des fois
A la mort d'un oiseau, quelque part, dans les bois.
Pendant les tristes jours de l'hiver monotone,
Les pauvres nids déserts, les nids qu'on abandonne,
Se balancent au vent sur le ciel gris de fer.
Oh ! comme les oiseaux doivent mourir l'hiver !
Pourtant, lorsque viendra le temps des violettes,
Nous ne trouverons pas leurs délicats squelettes
Dans le gazon d'avril où nous irons courir.
Est-ce que les oiseaux se cachent pour mourir ?

                   François Coppée
                   (promenades et intérieurs)

Par anne-laure
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Mardi 11 décembre 2007

Trois petits sapins
Se donnaient la main
Car c'était Noël
De la terre au ciel.
Prirent le chemin
Menant au village
Jusqu'à l'étalage
D'un grand magasin
Là ils se couvrirent
De tout ce qui brille
Boules et bougies
Guirlandes pour luire
Et s'en retournèrent
La main dans la main
Par le beau chemin
De l'étoile claire
Jusqu'à la forêt
Où minuit sonnait,
Car c'était Noël
De la terre au ciel

J.L.Vanham

De la part de Muriel Pioggini. Merci à (patuf)elle !!

Par President association cravenco
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Dimanche 9 décembre 2007
Hervé a son exploitation au bord du Rhône ( lou Rose en provençal) de chez lui on ne le voit pas car il est caché par la digue qui protège les terres et les hommes des crues, mais si on le voyait on viendrait sûrement à penser à ce beau poème de Fréderic Mistral.
 
                                   LA MORT DOU ROSE

                           Lou Rose emé  sis oundo lasso, 
                           E dourmihouso, e tranquillasso,
                 Passavo ; e regretous dou palais d'Avignoun,
                           di farandoulo e di sinfòni,
                          Coume un grand vièi qu'es à l'angòni,
                          Eu pareissié tout malancòni
                 D'ana perdre à la mar e sis aigo e soun noum. 
 
                                          F.MISTRAL (Miréio. Cant X)


je vous propose cette traduction :

           Le Rhône avec ses ondes lasses,
           endormies et tranquilles
passait ; et nostalgique du palais d'Avignon,
           des farandoles et des symphonies,
            comme un vieillard à l'agonie
            il paraissait tout mélancolique
d'aller perdre dans la mer et ses eaux et son nom.
Par anne-laure
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