La poésie occitane

Publié le par Christian

Devant une feuille blanche, tous les poètes ne sont pas égaux, cela on le savait tous. Mais il est une chose à laquelle on ne pense pas forcément, c'est que la langue de naissance du poète peut lui conférer un avantage certain par rapport à d'autres. Lorsque la poésie se niche au coeur même des mots employés, dans l'accent avec lequel ils sont chantés, dans la lumière qui est donnée ainsi au texte, alors un univers imaginaire merveilleux s'ouvre au lecteur. Dans ce domaine, le poète occitan figure en bonne place, et sa plume ne crisse plus, elle chante seule au contact du papier et apporte au lecteur la douceur que peut apporter le grillon, lorsque, au pied d'un tilleul centenaire, le soir apporte le réconfort après la chaleur accablante de la journée. Voici, pour vous, deux poèmes occitans, qui ne sont ni de Mistral ni de Roumanille, mais bel et bien de troubadours trop méconnus, l'un s'exprimant en provençal littéraire, l'autre en graphie mistralienne, dite du félibrige. Vous aurez bien sûr la traduction en français national à la suite.

Sonnet
(G. de Saluste, seigneur Du Bartas )


Ha ! chaton mauhazéc, ha ! traidou balesté,        
Perqué débarres-tu ta soen ta pataquere,
Per hé déguens mon co brequere sur brequere,
Et ses he pauc ni prou, bac, ni haut, ni cousté ?

L'autre jour ton cordet d'autour deu kot jousté ;
Jou desherrié mous pes, jou' scanti ta coulere,
La punte, jousmouché, de ta bire murtrère,
Et ton arc en cent tros (samsemble) jou bouté.

Hélas ! per ue cadene are joué cent cadenes;
Per un cep joué cent ceps, per ue pene cent penes;
Et au seng per un treit, jou e cent cap-hers hikats.

Mans ton treit, ton turmen, ton cep, et ta cadene,
Amou, me plazen tan que jou né paus ni pax,
Si toustem jou nou biui en ue ta douce pene.

Ah ! Mauvais garnement ! Ah ! Traitre archer !
Pourquoi décoches-tu souvent la flèche qui me frappe
Pour faire dans mon coeur brèche sur brèche

Sans viser tant soit peu trop court, ni trop haut, ni à côté ?


L'autre jour, d'autour de mon cou, je retirai ton cordon,

Je déferrai mes pieds, j'apaisai ta colère,
J'émoussai la pointe de ton trait meurtrier
Et je mis, à ce qu'il me semble, ton arc en cent morceaux.

Hélas ! Pour une chaîne maintenant j'ai cent chaînes;
Pour un lien j'ai cent liens, pour une douleur cent douleurs
Et au sein, pour un trait, j'ai cent têtes de fer fichées.

Mais ton trait, ton tourment, tes liens et ta chaîne,
Amour, me plaisent tant que je n'ai ni repos ni paix
Si toujours je ne vis en une si douce peine.

Guillaume de Saluste, seigneur du Bartas ou plus simplement Guillaume du Bartas, né en 1544 à Monfort, près d’Auch (Gers), et mort le 28 août 1590 à Mauvezin, est un écrivain et poète français qui fut très en faveur auprès des lecteurs jusqu'au XVIIe siècle.

  Guillaume du Bartas, fils de François de Salluste et de Bertrande de Broqueville, dans la bastide de Monfort, descendant d’une famille de commerçants enrichis, étudia le droit à Toulouse, participa aux Jeux floraux de cette ville et remporta la "Violette" en 1565, année où son père achète le château du Bartas. À la mort de son père en 1566, le poète devient Sieur du Bartas.

Il est surtout connu pour son poème encyclopédique « La Sepmaine (La Semaine) » (1578), œuvre inspirée par la Bible, qui fut traduite en plusieurs langues : allemand, anglais, néerlandais, italien, latin, etc. et influença des poètes de l’importance de Milton en Angleterre, Joost van den Vondel en Hollande, et semble-t-il le Tasse en Italie ; il eut même une admiratrice en Amérique en la personne d’Anne Bradstreet.

Le succès de Du Bartas fut fabuleux pendant une cinquantaine d’années, il rayonna sur l’Europe, on compte plus d’une centaine d’éditions de ses œuvres, des dizaines de traductions, et puis sa renommée s’écroula : son style comme le contenu de son œuvre ne correspondait plus aux temps nouveaux.



 

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